Extrait de Sabadaï

L’histoire de Sabadaï commence dans la violence qui finira par le caractériser. Il est une créature immatérielle engendrée par la plus puissante des forces des univers : les émotions. Nous découvrons dans cet ouvrage un personnage atypique dont la destinée et la nature sont en totale opposition.

« Bientôt, mon obsession pour le réceptacle parfait fit grand bruit. J’avais développé au cours de mes années d’errance une capacité certaine à m’emparer d’un corps, de l’user jusqu’à la trame et de m’en débarrasser comme un vulgaire chiffon. Les précédents locataires de ces corps devenaient les victimes des Récolteurs puis des Tortionnaires. Et ces deux races devinrent en quelque sorte des amies sinon des alliées et contribuèrent à ma légende.

C’est grâce donc à ma nouvelle renommée que je fus admis de nouveau dans la Salle du Conseil de Zaa’me. « Je constate avec déplaisir qu’il ne t’aura pas fallu cent ans pour te forger une légende de violeur de réceptacle. La dernière fois que je t’ai vu, je t’avais demandé de trouver un corps, non pas de les collectionner.
– Zaa’me, tu es mon Seigneur et Maître. Ton verbe est ma loi. J’ai cherché un réceptacle depuis les Neiges Noires jusqu’à la Fournaise du Mont d’Acide et je n’ai trouvé aucun réceptacle digne que je me présente à toi.
– C’est donc à ma gloire que tu y mets autant de zèle ? Ne me prends pas pour un simple d’esprit ou je te briserai.
– Seigneur Maître, j’admets rechercher la perfection pour moi aussi. Et je te prie de pardonner mon manque de transparence. J’accepterai mon châtiment avec joie.
– Il ne sera pas question de châtiment, mon bon Sabadaï. Ton nom est à présent connu et je vais utiliser tes compétences pour une mission que tu devrais pouvoir mener à bien. Viens ! Marche avec moi ! »

La réaction puis la demande de Zaa’me avaient surpris tout le monde et moi le premier. Je sentis l’animosité des généraux présents dans la Salle du Conseil et manquai de m’étouffer face à tant de violence. Peu d’entre eux avaient eu le privilège d’une audience privée. Zaa’me se rendit compte de leur attitude et n’y prêta nullement attention.

En quittant son trône, il s’empara au passage d’une petite créature velue, semblable à un ourson dont le faciès exprimait la candeur. Il fit quelques pas, lui caressant doucement le dos et lui tordit le cou dans un craquement sordide. Le son horrible, le fit frissonner de plaisir au point que ses yeux se révulsèrent, il s’arrêta puis jeta le cadavre dans les flammes rouges à la gauche de son trône.

A ma surprise, il produisit un grondement sourd comme une créature douée de vie et exhala une odeur de chair brûlée qui emplit rapidement la vaste salle. « J’aime briser la nuque de ces mignonnes boules de poils, me dit-il sur le ton de la conversation.»

Voyant que je ne réagissais pas, il continua. «Tu es avare en parole Sabadaï. C’est une bonne chose. Vois-tu, mon entourage utilise ce ton mielleux que j’exècre, pour s’adresser à moi. Je vois en eux et leurs complots pour me faire choir de mon trône son éventés dès lors qu’ils émergent dans leur esprit limité ou par la multitude d’espions qui rôdent dans mon Temple et au-delà. Toi tu es différent. Tu fais preuve d’une grande intelligence. Bien que je la trouve malsaine, elle est ta plus grande arme et je veux que tu deviennes la mienne.»

Je fus de nouveau surpris tant par sa confession que par la confiance qu’il plaçait en moi. Il le vit et continua : « Que sais-tu des alignements ?
– Les univers sont sur trois plans. Le plan matériel et les deux plans immatériels Sheʼôl et Éden. Les limbes séparent le plan matériel des deux autres.
– Bien ! Ta seconde tâche sera dans un monde neutre, sur le plan matériel. Tu iras sur Urmiah et là-bas tu y tueras la Flamme du Nord.
– Ton verbe est ma loi ô Zaa’me ! »

Je regardai une dernière fois mon maître alors qu’il s’éloignait de moi. J’avais reçu mes ordres et je devais lui obéir. Il n’avait rien à y ajouter. Lors de notre première rencontre, je l’avais longuement détaillé, mais aujourd’hui encore j’étais stupéfaits par la différence entre son apparence physique et son aura maléfique. J’enviais sa beauté et admirais son aura et me jurai qu’un jour je serai son plus proche conseiller car son verbe était ma loi.

Je lui fis une profonde révérence pour lui témoigner ma déférence et mon respect même si je doutais qu’il eut pu la voir dans son dos. Quand il eut atteint la porte au bout du balcon sur lequel nous nous entre n’irons, je regagnai Conseil où attendaient les généraux. Je passai devant eux sans leur porter le moindre regard qu’ils auraient pu prendre pour de l’arrogance. Le moment n’était pas encore venu pour que je les élimine chacun leur tour. »

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